mercredi 1 avril 2015

Good Kill, drones pas drôles


Sortie France : 22/04/2015
Américain - Couleur – 104’ – cinémascope 2:35 Numérique / DTS
Réalisateur : Andrew Niccol / Scénario : Andrew Niccol
Avec : Ethan Hawk, January Jones, Zoe Kravitz, Bruce Greenwood
Photo : Amir Mokri


Difficile pour un réalisateur de tirer ses meilleures cartouches au début de sa carrière mais malheureusement, Andrew Niccol semble être de ceux-là. Et ce n’est encore une fois pas Good Kill, son dernier film, racontant en mode mineur le quotidien paradoxal d’un pilote américain de drones militaires, qui arrêtera cette suite de films moins flamboyants dans la filmographie du réalisateur/scénariste néo-zélandais pourtant surdoué.

Dès Bienvenue à Gattaca, son premier long-métrage, sorti en 1997, ses marques de fabriques sont nettes : un enjeu simple et une forme minimaliste mais stylée.
Le réalisateur nous présentait déjà un personnage joué par Ethan Hawk. Il s’agissait du bien nommé Freeman, qui y rêvait de s’extraire d’un monde trop calibré en prenant la voie des airs, un thème manifestement important pour Andrew Niccol.

Près de 20 ans plus tard, c’est ce même Ethan Hawk qui campe le héros de Good Kill. Tommy est un ancien pilote de chasse de l’US Air Force reconverti en pilote de drones. Dès le générique du film, on comprends que son problème est le même : s’évader à nouveau, et par la voie des airs, si possible.
Mais voilà, il est trahi par l’avancée de la technologie. Il contrôle dans un cockpit au sol depuis un désert aux Etats-Unis, un avion dépourvu de pilote volant sans lui dans un autre désert, très lointain, en Afghanistan.
Déjà cinéaste des systèmes technologiques complexes et de leurs répercussions sur les hommes, Andrew Niccol a choisi ici cet objet hautement technologique qu’est le drone.
Caméra volante, arme silencieuse à distance forçant son pilote à se mettre dans la position du spectateur de cinéma ou du joueur de jeux vidéo derrière un écran, le drone est une véritable machine à générer du fantasme technologique. Il génère également de nouvelles images cinématographiques, de par sa nature d’objet filmant d’abord, mais aussi par le point de vue qu’il offre.
C’est un sujet très riche et au final peu montré au cinéma. La belle séquence de « chasse au drone » au début d’Interstellar de Christopher Nolan est peut-être, à ce jour, la plus réussie. Cette scène montre bien toutes les nuances de réactions courantes qui se suivent quand nous sommes confrontés à ce genre d’engins, de l’admiration première à l’inquiétude.

"Good Kill" est l'expression que les pilotes de drones militaires
utilisent quand leur tir a atteint sa cible.

Malheureusement pour son film, Andrew Niccol ne va pas aussi loin dans son propos que cette simple scène. Il souhaite expérimenter un cadre ultra-réaliste et quasi documentaire, une nouveauté pour lui. Il se concentre donc uniquement sur les cas de consciences de son personnage de pilote.
Le film lance rapidement et assez maladroitement à la figure de ses spectateurs une série de questionnements plus dignes d’un mensuel d’actualités que d’un film cherchant un réel ressort tragique.
Les paradoxes qui assaillent Tommy sont les suivants : Comment être à la fois dans les airs, loin de chez soi et au tout à la fois au sol, près des siens ? Comment assumer le goût du risque et de l’héroïsme alors que l’exécution même de ce métier exige un bureau à couvert et sécurisé ?

La force du film est peut-être de ne jamais asséner aucunes réponses à ces questions. Good Kill nous laisse nous rendre compte de la situation de Tommy. En même temps, le film ne lésine pas sur les longues scènes contemplatives où notre héros regarde le vide de cadres, de décors et d’ambiances sonores soigneusement travaillés mais sans réelles nouveautés visuelles.
Andrew Niccol en pleine signature d'autographes
lors de la belle Masterclass organisée
par la distribution du film,
le 31 Mars 2015 au MK2 Bibliothèque

On retrouve ici un Ethan Hawk moins fin ou varié dans son jeu que chez Richard Linklater, notamment dans Before Midnight et Boyhood. Il ressemble au Maverick (Tom Cruise) de Top Gun auquel il emprunte les lunettes mais pas la bonne mine. Ici,  le sourire est fatigué, la mine grave et affectée. Autour d’Ethan Hawk s’agite une galerie de personnages stéréotypés difficilement crédibles. Bruce Greenwood, habitué aux rôles de gradés dans le cinéma américain ne change pas son fusil d’épaule,  January Jones joue le rôle d’une belle épouse à bout de souffle pour sauver sa famille de la déprime de son mari et Zoé Kravitz met son joli minois au service d’une mignonne collègue aguicheuse.

Les situations de confrontations familiales sont tellement déjà vues que manifestement Andrew Niccol les a filmées pour exercer à nouveau son minimalisme. Le déballage des cas de conscience militaires dans la « control room » des drones au sol ou dans la salle de réunion est interminable en plus d’être, à nouveau, peu crédible.

Bref, parti d’un sujet soigneusement étudié et écrit (Andrew Niccol est également scénariste, et pas des moindres, puisqu’il a notamment écrit Terminal pour Steven Spielberg et Truman Show pour Peter Weir), le réalisateur nous livre un film qui a au moins le mérite d’exister sur un sujet brulant d’actualité et sur lequel il ne prône aucune opinion partisane. On ne peut que regretter le côté âpre de Good Kill et ses moments involontairement absurdes à force de sérieux. A quand un nouveau film d’Andrew Niccol alliant efficacité narrative et forme visuelle inventive ? Sur un sujet d’actualité Lord of War conciliait les deux, c’était en 2006…

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Cliquez ici pour la retranscription du débat ayant suivi la projection du 31 Mars 2015 sur le blog "Marla's movies".